04/05/2008

Petit fils et fils d'immigré...

Bonjour à toutes et à tous,

il y a quelques temps, je commentais un billet sur la naturalisation... je m'y suis fait prendre à parti par un jeune ignorant qui s'est permis de juger mes propos m'accusant de xénophobie.

Ignorant étant un doux euphémisme pour qualifier l'imbécilité caractéristique de cet individu "enoeilleré".

En effet, si il avait pris le temps de lire, ne serait-ce que mon nom de famille, il aurait pu en déduire que lorsque vous portez un nom comme "Valente", vous n'êtes pas issu d'une famille tessinoise, mais bien le descendant d'une famille romaine millénaire dont l'origine remonte à avant J-C.

Donc, je suis bien un Suisse issu de l'immigration des années 60.

Les pires années de la tendance "Schwartzenbach", où les Italiens étaient égaux en droits avec les chiens et encore...

Ce que tous ici crient sur les toits, dans les rues, à tort et à travers : la xénophobie, la vraie, mon grand père, mon père et ses frères l'ont connue et vêcue durant leurs premières années dans ce qui allait devenir leur pays.

Mon père, venu ici pour travailler, ce qu'il a fait, à la force du travail... il s'est instruit et est devenu un nom dans le dessin de machines, au point qu'aujourd'hui, l'un de nos plus grands ouvrages : La Grande Dixence, porte en son sein l'un de ses dessins. Et je n'en suis pas peu fier :o)

Ensuite, il s'est naturalisé par choix politique faisant de moi un double national...

À l'age de l'adolescence, alors que ma "bâtardise" nationale demandait des réponses, partagé par ma double nationalité, je lui demandais si je devais être fier d'être Suisse ou Italien :

-"tu n'as pas à être fier d'un pays qui a été incapable de nous nourrir et de nous instruire... La Suisse nous a tout donné, nous lui sommes redevable"

Plus pragmatique et réaliste comme réponse... c'est difficile.

Les années sont passées, j'ai fait mon service et la vie a suivi son cours.

Vers l'age de 24 ans, travaillant en Italie, dans un domaine très particulier d'acitivités, l'un de mes confrères des opérations spéciales italiennes m'informe que je fais l'objet d'un mandat d'arrêt pour, tenez vous bien : désertion.

Eh oui, petit détail administratif, pour les Italiens j'étais encore italien... Le lendemain, j'arrive d'urgence à Genève pour résoudre le problème et retourner sur le théâtre d'opération. J'obtiens un rendez-vous avec le bureau de "la leva" et informe ces derniers que je ne peux plus accomplir mon service militaire car j'ai déjà prêté serment à mon drapeau.

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Ensuite, la gentille dame me dit que c'est en ordre... qu'ils vont faire suivre l'information à Pisa... sauf que, petite surprise... lassé par l'administration italienne aussi incompétente qu'inefficace et cette double nationalité aussi illégitime qu'inutile, je me suis permis l'impensable : demander qu'on annule ma nationalité italienne.

La pauvre, jamais durant sa carrière, elle n'avait entendu ça, au point que j'ai été emmené au bureau de Son Excellence le Consul qui m'a tenu toute une théorie... avant que je ne répète ma requête en lui demandant de me retirer ma nationalité italienne... car soyons logiques, ayant prêté serment à mon drapeau, puis-je légitimer être la moindre italien ?

Si demain, par un aléa improbable de l'Histoire, l'Italie décidait d'envahir la Suisse, il ne fait pas le moindre de doute que je serai parmis les premiers à défendre au péril de ma vie la terre où repose mon grand père, mon père, et où je souhaite reposer, ce pays qui nous a tout donné :

La Suisse

Oui, la naturalisation est un acte civique et un choix politique.

Et non un banal acte administratif.

Jamais je ne renierai mes origines italiennes, mais je n'ai qu'un pays et je suis citoyen du plus merveilleux pays du monde : La Suisse à qui je dois tout et à qui je confierai ma descendance en toute quiétude.

Ma vie d'adulte a été guidée par une phrase de John Fitzgerald Kennedy :

-"ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez vous ce que vous pouvez faire pour votre pays"

Et c'est bien cette question que tout(e) futur(e) citoyen(ne) devrait se poser chaque jour.

Bien à toutes et à tous,

Stéphane

 

 

PS. A qui de droit : pour information le xénophobe fils d'immigré italien, marié à une étrangère, est ingénieur systèmes certifié par Microsoft (MCSE +3 :o)  et Examinateur ECDL Advance :oP

12:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : naturalisation |  Facebook |

Commentaires

C'est exactement ce que beaucoup ne comprennent pas et ne comprendront jamais.
Le droit de vouloir changer ce que l'on veut dans sa vie propre et personnelle.
Pour ma part, je vais jusqu'à changer mon de famille roumain en un beau nom de famille bien suisse, bernois même.
Il y aune chanson qui clame : "J'aurais aimé être un artiste".
Pour ma part, j'aurais aimé être un bernois, bien germanique dans l'âme.
J'ai vécu, travaillé et visité le monde germanique européen et je me suis toujours bien senti, j'ai été bien accueilli, jamais je me suis fait demander mes origines, parlant suffisamment bien l'allemand. Suffisamment et non pas parfaitement.
Personne ne m'as demandé non plus, mon nom de famille, pour en "découvrir" mes origines.

Pour vous c'est cela: ""tu n'as pas à être fier d'un pays qui a été incapable de nous nourrir et de nous instruire... La Suisse nous a tout donné, nous lui sommes redevable""...
Pour moi, c'est plus la peur et la fainéantise de se battre pour sa liberté, que je reproche au peuple roumain, qui a accepté l'invasion russe et la domination communiste, au détriment de tout ce que ce peuple et ce pays avait comme droits, libertés, tradition et histoire.
En somme, une trahison de ses propres origines.
Je suis plus redevable envers un seul suisse, qu'en vers la Suisse, comme pays.
Depuis le 11.12.1995, la tombe de mon père d'adoption continue d'être fleurie, sa mémoire continue d'être honorée, les larmes continuent de couler.


Bien à vous, cher Stéphane.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 05/05/2008

J'ai la chance d'avoir 3 nationalités comme de très nombreux citoyens de ce pays et je me sens très attaché à chacun de ces pays. Ce qui est drôle c'est que dès que vous vous trouvez à l'étranger vous vous sentez très patriote quand on attaque l'un de vos pays et c'est là que vous défendez bec et ongles vos patries ! Mais il est vrai que dès qu'on a un père et une mère de nationalité différente vous allez défendre vos deux parents ! c'est humain !
Par contre étant également italien et m'intéressant et votant dans chacun de ces pays je suis contraint de constater que dès qu'il y a un match de foot le pays originaire des parents l'emporte haut la main ! demandez à un "rital" naturalisé qui il soutien dans un match Italie-Suisse et vous aurez la réponse, ce sera automatiquement l'Italie, y'a pas photo ! Pour ma part je déteste le foot donc la question de se pose même pas !

Écrit par : Café | 06/05/2008

Bonjour Stéphane,
Je voudrais apporter au débat ce texte qui me semble certainement intéressant, lu dans Die Welt, où une jeune journaliste, fille d'immigrés turques en Allemagne, s'interroge précisement sur le devenir de la culture allemande et le rôle de l'immigration dans cette culture.

http://www.welt.de/welt_print/article1939716/Nationalkultur_ist_ein_schoenes_Wort.html

Écrit par : Inma Abbet | 06/05/2008

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Dumitrescu,

Bonjour Café,

M. Dumitrescu vous rendez un bel hommage à votre père d'adoption et démontre votre profond respect pour les anciens et quoi qu'on en dise, c'est une qualité devenue rare. Quant à changer votre nom de famille, vous êtes seul à savoir...

L'essentiel n'est pas dans l'origine, une fois Suisse... on est suisse. Quelle que soient la couleur, la religion, l'origine... Etre Suisse c'est une question de valeur.

Café, comme vous j'avoue... le foot c'est pas mon truc du tout... choisir son camp face dans un match Suisse Italie... la meilleure équipe, le fair play, la qualité du jeu... le reste, les couleurs qu'ils portent... Beuh ??? perso, je m'en occupe pas trop... Pour preuve, dernier mondial, finale... je regarde le match France Italie et j'avoue que j'étais pour les Français car ils étaient nettement plus fair play et moins arrogants que l'équipe italienne.

Mais surtout, partant du principe que l'équipe italienne avait traité d'équipe de vieux les français parce que Zidane et sa trentaine... étant aussi trentenaire, j'avoue que j'aurais apprécié que les jeunes italiens se prennent une bonne raclée...

Remarquez... y en a au moins un qui s'est pris une volée... quelle merveille de coup de boule, dommage qu'il n'ait pas atteint le nez adverse :o)

Mais, revenons - en à nos moutons, libre à chacun de conserver ses nationalités en plus de la Suisse, car notre pays l'autorise... c'est une question personnelle propre à chacun... pour ma part, je savais que je ne serai jamais plus italien et que le seul pays où j'ai envie de reposer, c'est ici parce que j'aime cette terre et ses gens.

Bien à tous deux et merci pour vos commentaires,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 06/05/2008

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