11/06/2008

Le Chancelier et l'informaticien...

Bonjour à toutes et à tous,

le titre du billet pourrait faire penser à conte de fée...

Il était une fois... un informaticien... qui contesta les travaux de la Chancellerie en matière de E voting... le bougre se voyait maintenant condamné à payer pour avoir osé, crime de lèse majesté, contester la sûreté d'une plateforme de vote éléctronique...

Trève de plaisanterie, c'est tout bonnement scandaleux de vouloir museler un citoyen dont les arguments sont frappant et d'une remarquable lucidité.

Voilà le commentaire que M. Kroepfli a laissé sur mon billet concernant le Evoting, jugez plutôt :

Merci Stéphane de votre intervention,
En vrac, quelques réflexions :

Oui, débattre et informer pour redresser un projet qui touche au coeur de notre démocratique est un devoir, qui primerait d'autres engagements, si ceux-ci existaient et étaient opposables.

La sécurité informatique est certainement un élément capital dans le débat sur le vote par internet : la police fédérale (div.sûreté de l'État) a souligné la forte probabilité d'actes de piratage de haut vol.
Mais ce n'est pas là le point le plus important : le respect des principes fondamentaux du vote démocratique est central. Or ce n'est pas facile, car ces principes sont apparemment contradictoires à implanter. Et d'ailleurs, les pilotes ne les respectent pas.

Le respect du secret du vote (anonymat du votant, confidentialité de son bulletin) doit être inconditionnel. Pourtant, l'administration doit pouvoir résoudre les réclamations, et pouvoir redonner un droit de vote à celui qui l'a perdu (pas reçu de carte, panne de son ordinateur en cours de vote, ou perte de connexion lors de l'envoi de son bulletin) mais ne pas le lui redonner si son bulletin est arrivé dans l'urne (oui, *dans* l'urne, pas arrivé juste avant et égaré entre-deux).

Il doit être aussi possible de vérifier que chaque bulletin engrangé dans l'urne vient bien d'un citoyen ayant le droit de vote, n'ayant pas voté autrement, et qu'il porte bien sa motivation sans qu'il ait pu avoir atteinte à celle-ci tout au long du processus. Le citoyen doit pouvoir s'assurer que son bulletin, tel qu'il l'a rempli, est bien arrivé *dans* l'urne, mais sans pouvoir prouver le contenu de son vote à un tiers (pas de vente).

Malgré l'obligation de vérifier que le citoyen a bien pu voter une fois, et qu'il n'a pas voté deux fois, et que tous les bulletins sont bien de bons citoyens, et qu'ils sont intègres, il ne faut pas que l'administration (ou toutes personnes ayant accès aux serveurs) puisse relier un bulletin avec un citoyen. Ni par une même session (identification+dépôt), ni dans les journaux (firewall, système, base de données), ni par l'adresse IP (autorisation+dépôt), etc.

Enfin, oui il faut une commission électorale apportant le contrôle politique, mais elle ne doit pas avoir à contempler une boîte noire en ferraille et n'observer que le résultat du dépouillement électronique. Le contrôle politique doit s'étendre tout au long du processus de vote et vérifier chaque vote de chaque citoyen _au_cours_ de l'opération, et en son sein.

En effet, le eBanking n'a rien à voir avec l'eVoting, à cause du secret du vote (anonymat et confidentialité), et du fait du nécessaire contrôle politique en cours de session. La sécurité de la banque à distance n'est pas du tout la même que celle du vote; c'est une des principales erreurs des pilotes fédéraux.

Oui, les jeunes (18-35 ans) sont actuellement en déficit de représentativité lors de votations (les plus de 50 et surtout les retraités sont surreprésentés), ils seraient très fortement bénéficiaires d'un vote électronique. Internet est dans leur vie, le vote doit aussi l'être; mais il est nécessaire d'avoir un *bon* cyber-vote, pas un reflet de mode.

Pour revenir à l'engagement, et dans le cas présent il s'agit de non-préjudice envers le canton en relation avec le vote électronique. J'ai informé les parlementaires que le projet de loi n'est pas neutre technologiquement, mais biaisé vers l'architecture et l'opération du système actuel, comme le serait un règlement d'application (et comme ne doit pas l'être une loi, plus générale et abstraite). Donc, que l'avenir du vote électronique à Genève serait malheureusement limité par la coulée dans le bronze du texte proposé. En fait, mon but est bien au contraire de rendre service à la République !

À propos, j'ai été par intermittence consultant indépendant pour le pilote genevois, au cours de 2002 et 2003, et tout début 2004. Après avoir élevé quelques critiques quant à ses qualités (techniques, dans un premier temps), j'ai fini par proposer (automne 2003) de changer radicalement d'architecture, car celle présente ne correspond pas aux principes du vote démocratique.


Devant l'impasse, c'est ensuite -par dépit et en tant que citoyen conscient- que j'ai repris tout à zéro. Et j'ai travaillé durant les quatre années suivantes (2004-2008), sur mes deniers, à mettre au point un concept implantant les principes démocratiques, garantissant inconditionnellement le secret, donnant totale transparence aux contrôleurs, apportant la confiance aux citoyens, résolvant les réclamations et contestations avec les preuves de bonne fin, et enfin sûr.
Ce projet est d'ailleurs recommandé par un Conseiller d'État.

La discussion sur les mérites de tel ou tel algorithme est certes importante, mais elle vient après le débat sur l'adéquation des fonctions du système aux principes de l'opération qu'il doit implanter, et même après la validité de son architecture aux contraintes à remplir.

Le système utilisé pour voter doit être publié, librement débattu, son exploitation intégralement contrôlable, et orienté vers le citoyen.
Il doit en plus être sécurisé, mais déjà dans sa structure intime.

Pour tous renseignements sur l'affaire et les arguments : www.kroepfli.ch

Bonne fin de journée

Donc, on demande à un citoyen de s'acquitter de 450'000 CHF pour avoir osé... dire haut et fort ce que tout "bon informaticien" pourrait vous dire sur le vote éléctronique.

Des pratiques inacceptables dans un Etat de droit, surtout lorsque l'enjeu... est ni plus, ni moins, la sûreté des votes de nos concitoyens.

La défense de notre Démocratie prime sur toute autre valeur.

Monsieur le Chancelier peut agiter tous les commandements de payer qu'il lui semble, obliger les infromaticiens du projet à se taire... mais il ne peut pas défendre son projet envers et contre tous les informaticiens qui crient HAUT ET FORT qu'il y a péril en la demeure.

Il s'avère que dans cette affaire, les citoyens devaient être informés et grâce à M. Kroepfli c'est chose faite.

Force est de constater des pratiques d'un autre siècle, je me pose une question : est-il possible de demander la destitution d'un Chancelier ?

A ce titre, je le remercie pour son intervention, merci M. Kroepfli,

A qui de droit, à l'avenir pour faire taire un informaticien, le commandement de payer n'est pas la meilleure solution, preuve s'il en est que l'on ne maîtrise pas son sujet...

Voilà la muselière pour informaticien :

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Différentes couleurs de différentes marques vous permettent de museler vos informaticiens au gré de vos humeurs :o)

 Disponibles rapidement dans tous les bons magasins de sport :o)

Bien à toutes et à tous,

Stéphane

 

PS. Si j'ai commencé le billet par : il était une fois... c'est parce qu'à la fin de l'Histoire c'est toujours le méchant qui trinque... et toK !

06:24 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : informatique, evoting |  Facebook |

Commentaires

Merci Stéphane, vos mots d'appui me font très plaisir; particulièrement à un moment où la pression est forte sur moi !

Écrit par : Jean-Paul | 11/06/2008

Attention aux amalgames !

Il arrive parfois qu'un travailleur soit, par contrat, tenu à une confidentialité sur son travail.
Dans le cas de cet informaticien menacer de... qu'en est-il ?
Je ne connais ni son contrat ni ce qu'il aurai fait en contradiction avec ce contrat.

Prudence !

S'il y a litige c'est les tribunaux qui devront trancher.
Et tant que ceci n'est fait, il n'y a ni faute ni coupable.

Par contre ce qui est démontrable, sans contestation possible, c'est la contradiction et le retournement de veste du Conseil d'Etat :

1998 : le Conseil d'Etat disait : http://www.geneve.ch/grandconseil/data/texte/M01162A.pdf
2001 : le Conseil d'Etat change d'avis et pousse le Grand Conseil à accepter le vote par internet...!

Que c'est-il passé ?
Est-ce que finalement chacun ne cherche pas à "placer" son système ?
Pour les uns : l'eVote pour l'informaticien en question : xVote, .... ?

Une histoire de gros sous...

Écrit par : Nabil | 11/06/2008

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Jean-Paul,

c'est moi qui vous remercie... parce que grâce à vous le projet "foireux" du Chancelier Hensler est dévoilé au grand jour.

Quand à la mésaventure qui vous arrive, le Chancelier Hensler a oublié une chose... en terme de droit, seul le droit supérieur prime.

Et là nous parlons Constitution Fédérale... en défendant la sûreté démocratique de notre pays, vous relevez de ce droit... et le Chancelier Hensler se place bien en dessous, en terme de droit...

Donc la porte lui revient pour différentes raisons que les termes de la Constitution et lois définissent.

Je ne peux que vous remercier, et sachez Jean-Paul, qu'en tant que membre d'un parti, j'ai transmis mes inquiétudes au sujet du Evoting au niveau supérieur.

Vous êtes un citoyen qui mérite tout notre respect.

Le Chancelier par ses pratiques d'un autre temps, lui, mérite la porte.

Bien à vous,

Stéphane

PS. Nabil, que M. Kroepfli pense qu'il a mis au point un système sûr, pour le moment, ne relève que de lui... cependant, le fait que grâce à cette affaire il ait mis le doigt sur les failles du système voulu par notre Chancellerie... il mérite notre respect.

Quant à percer à jour le système Kroepfli, je suis prêt à rejoindre un collège de pros pour le mettre à l'épreuve.

Écrit par : Stéphane | 11/06/2008

Depuis plusieurs mois le Grand Conseil reporte le débat et sa décision, alors que le rapport rédiger est en majorité pour l'eVote...

Pourquoi ne tranche-t-il pas ?
Alors qu'il subi la pression du Conseil d'Etat qui insiste pour que l'urgence soit décretée et que le Grand Conseil prenne le sujet à bras le corps...
Même le Conseil Fédéral y met tout son poid et pourtant : immobilisme...

Selon mes informations le grain de sable est là depuis quelque temps et ce n'est pas grace à un article dans les médias. Ce n'est pas là que ça se joue

Vous ne savez pas pourquoi et à cause de qui, tout est arrété...
Vous savez bien que les médias choisissent qui ils veulent "passer" ou non...

Si vous fouillez bien le net vous verrez que ceux qui s'y oppose (à Genève) le font depuis quelques années. Mais les médias ne les relaient pas. C.f. GULL par exemple

Pourquoi ? Parce qu'il n'y avait pas de sous en jeu....

Depuis des années, des informaticiens mettent la pression pour dévoiler les failles du système.
Mais comme il n'y a pas de "scandale", de coup bas, d'interêts et que tout cela se joue sur le plan éthique et philosophique, ça n'interesse pas les médias...

N.B. Je vous fait remarquer que j'ai défendu l'informaticien en question en rappelant qu'il est innoçant jusqu'à preuve du contraire !

Écrit par : Nabil | 11/06/2008

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