21/07/2008

Politiquement correct

Bonjour à toutes et à tous,

 

depuis quelques jours, des articles de la presse suisse défraient la chronique avec un mot d'ordre : le politiquement correct en zone de conflit...

 

 

Alors je leur laisse méditer le texte suivant :

 

 

Leur chemin étant encore trop long… Cette nuit là… tous trois décident de dormir à la lisière d’une forêt non loin d’un village.

 

Au deuxième quart, S. active sa vision nocturne et scrute avec sa lunette les alentours. La nuit s’éclaire de cette lumière verdâtre. Des bruits provenant du village au loin attirent son attention. Des soldats en uniforme investissent le village. Des cris, des hurlements, parviennent jusqu’à cette forêt…

 

S. réveille ses deux frères d’arme qui allument à leur tour leur vision nocturne et balaient ainsi le village avec leur lunette.

 

Sur le visage peint aux couleurs de la forêt, le reflet vert de la vision de nuit donne une ambiance surréaliste au moment…

 

Quelques coups de feu retentissent au loin, les cris et les hurlements reprennent de plus belle.

 

Conscients que quelque chose de grave est en train de se passer, ils mettent en route un téléphone satellite et appellent leurs supérieurs, les informent que quelque chose de grave se produit en ce moment même, qu’ils sont trop peu équipés pour intervenir, que seul un transport immédiat de troupe héliportées pourrait mettre fin au massacre…

 

Mais la frontière est trop loin… trop loin… à voix basses, nos trois mercenaires insistent et insistent encore, mais des mots comme : prérogative, ingérence, zone d’opération crépitent dans le combiné.

 

Le souffle s’est accéléré, les doigts sur les détentes tremblent, l’adrénaline est montée et les visées s’alignent sur les cibles militaires potentielles.

 

Les trois soldats assistent impuissants au massacre qui se déroule…

 

Ils répètent encore et encore leur requête d’appui aérien… mais rien… la frontière est bien trop loin… trop loin…

 

Hors zone comme on dit…

 

L’ordre de fin des transmissions radio est ordonné.

 

Sous l’épaisse couverture camouflage qui les recouvre, la rage grandit amplifiée par l’impossibilité d’agir… des pleures silencieux s’échappent, les larmes coulent sur la peinture camouflage du visage… tous trois coupent alors leur vision de nuit avant de se recouvrir intégralement sous la couverture…

 

Une nuit interminable car les soldats s’en sont donnés à cœur joie…

 

Au petit matin… le bruit des véhicules qui démarrent  invite nos trois mercenaires à sortir la tête de la couverture camouflage, dans les lunettes, le village éclairé par le jour qui se lève apparaît comme « sans vie »… Les différents véhicules militaires s’en vont emmenant les soldats.

 

Ils décident alors de sortir du bois et d’aller inspecter le village à la recherche de survivants, pénétrant le village avec la prudence de mise, c’est une vision d’horreur qui s’offrent à eux. Les portes des maisons encore entrebâillées, ils les visitent les unes après les autres… mais d’aucune n’émane la vie qui animait ce village 12 heures avant…

 

A même le sol, des vieillards… plus loin dans des chambres, des femmes dénudées, la tête en sang… portant les signes visibles de coup de crosse… une chambre d’enfant plus loin… l’enfant ayant succombé au même sort que sa mère probablement…

 

Les larmes aux yeux, nos trois soldats doivent continuer… le cœur ailleurs… la mission doit se poursuivre…

 

Quelques jours plus tard, repassant par le même village, des journalistes sont là, des ONG aussi… maintenant les corps portent des numéros…

 

L’Humanité a repris ses droits… mais trop tard…

 

Le seul souvenir d’un numéro… 36… celui d’un garçon de 8 ou 9 ans… tombé sous un coup de crosse alors qu’il protégeait sa mère…

 

Heureusement, paix à son âme, il n’a pas assisté aux sévices que sa mère a du subir…

 

Le « politiquement correct » ce soir là… aura permis à une bande de criminels en uniforme de commettre les pires exactions.

 

Maintenant vous saurez que cette expression politiquement correcte, qui autorise ce genre de crime, est : « hors zone »

 

Ce texte est dédié à tous les bien-pensants, les politiquement corrects, les moralistes de salon.

 

Bien à toutes et à tous,

 

Stéphane

Commentaires

Bonjour Stéphane,

... et le fin du fin qui accompagne de façon "politiquement correcte" la description de ce genre d'événements sans importance: "dommages collatéraux".
Les victimes auront ensuite le privilège de faire partie de statistiques vite oubliées.

Bonne journée à toutes et à tous !

Écrit par : Blondesen | 21/07/2008

le "deux poids, deux mesures" dans la couverture d'un conflit armé par les média est un phénomène qui m'intrigue plus :

Par exemple, lors de l'échange récent de prisonnier entre l'etat hébreux et le herzbollah, on nous a tant parlé des deux cercueils contenant des militaires israéliens ... des veuves et soeurs épleurées, des officiels attérés par la barbarie de ceux d'en face (un petit coup de violon, merci) ... mais dans l'échange, qui a entendu parlé des photos des 130 cadavres de combatant du hezbolah qu'israél à mis dans l'échange ?

Vive l'asymétrie de l'information qui permet si bien de contrôler les opinions !

Écrit par : Dji | 21/07/2008

La victimisation rampante des criminels, qui eux, ont subis, dans leurs enfances respectives, des événements insupportables, l'emporte sur la souffrance infligée par ces criminels, à un moment donné, bien plus proche de l'actualité, dans le temps, que l'enfance de ces mêmes criminels.

La victime, devient victime d'une victime, non plus d'un criminel, non soigné à temps, laissé libre, de ses actes...qui l'on conduit à prendre la vie d'autrui.

Voila le monde dans lequel nous vivons.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 21/07/2008

L'anecdote que vous relatez, au delà du fait de savoir si elle est réelle, pose la question éthique suivante: dois-je impérativement perdre ma vie pour sauver des innocents qui, de toutes façons semble-t-il, seront massacrés?

En toute humilité, il me paraîtrait que dans le contexte précité, le devoir d'information primerait vraisemblablement sur celui d'intervention...

Car, à l'instar de ce que l'écrivain anglais Robert Harris dans son édifiant ouvrage de fiction intitulé "Fatherland" - où l'on voit la victoire de l'Allemagne nazie et le complet blackout de l'Holocauste qui s'ensuit - l'éradication de la mémoire constitue l'ultime crime contre l'humanité...

Une dernière question: si votre anecdote est réelle, vos trois témoins ont-ils dénoncé ce qu'ils ont vu ainsi que leurs chefs?

On voit que le politiquement correct est un concept pour le moins élastique...

Écrit par : cndavid53 | 21/07/2008

"La victimisation rampante des criminels, qui eux, ont subis, dans leurs enfances respectives, des événements insupportables, l'emporte sur la souffrance infligée par ces criminels, à un moment donné, bien plus proche de l'actualité, dans le temps, que l'enfance de ces mêmes criminels.

La victime, devient victime d'une victime, non plus d'un criminel, non soigné à temps, laissé libre, de ses actes...qui l'on conduit à prendre la vie d'autrui.

Voila le monde dans lequel nous vivons."

Jamais lu un commentaire qui colle si bien à l'actualité 6 mois plus tard.

Écrit par : Johann | 29/01/2009

Bien j'ai lu et relu ce témoignage. Il pose beaucoup, beaucoup trop de questions.

Je croyais qu'il existait une loi interdisant aux citoyens suisses de s'engager dans une armée étrangère... C'est sans doute vrai qu'il y peu de moyens de contrôle quand des individus vont se vendre sans faire de publicité contrairement à ce qui se passa pour la guerre civile espagnole. C'est vrai aussi que des gens qui partent défendre la liberté et la démocratie, c'est infiniment moins discret et plus dangereux que ceux qui le font pour un profit.

Combien étaient les "soldats" assassins? 10, 20, 50, 100, 300? Parce que l'élément de surprise et les lunettes de visée nocturne avec la protection de la forêt sont des atouts qui valent au moins 10 soudards, surtout quand ces soudards sont des lâches qui ont le courage de s'attaquent à des gens désarmés. Eh oui, n'est pas un samouraï avec un sens de l'honneur qui veut. C'est vrai aussi que le film de Kurosawa est une fiction...

Et tiens donc, aller le lendemain matin sur place constater les "dégâts" et témoigner, c'est pas aussi ce qu'ont fait vos "4 cavaliers de l'apocalypse"... à Gaza.

Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Sauf que les 3 mercenaires étaient présents et équipés pour se transformer eux en bien réels "cavaliers de l'apocalypse".

De quelle couleur étaient les gens massacrés? Ma main au feu: ils n'étaient pas blancs. Si?

Et pas le peine de répondre, vous êtes déjà assez malheureux comme cela.

Écrit par : Johann | 29/01/2009

"dois-je impérativement perdre ma vie pour sauver des innocents qui, de toutes façons semble-t-il, seront massacrés?"

Correct:

"dois-je risquer de perdre ma vie pour sauver des innocents qui auront une chance de ne pas être massacrés?"

Tout dépend du rapport de force, de l'effet de surprise, du courage des protagonistes, de leur équipement, de la protection de la forêt, du terrain...

Quand des soudards se livrent à ce genre de crimes, ils peuvent être saouls, etc. et de nuit, ils peuvent ne pas comprendre immédiatement ce qui se passe, d'où viennent les coups et préférer la fuite...

Écrit par : Johann | 29/01/2009

Les commentaires sont fermés.