18/06/2010

Affaire Khadafi, l'hypocrisie au rang d'art

Bonjour à toutes et à tous,

durant toute la "crise" j'avais gardé ma réserve.

En effet, lorsque le pays traverse des turbulences, on se range derrière lui et on le défend...

Avec la libération de Rachid et depusi quelques jours du dernier otage, Max, à qui l'on souhaite de pouvoir se reconstruire l'un comme l'autre après avoir vécu un enfer... j'ai décidé de sortir de ma réserve.

Et pour cause... ces derniers jours on continue à assister à une hypocrisie sans mesure, une manière de l'élever au rang d'art.

Une hypocrisie bon teint, de salon, qui fait merveille dans le décors.

Sauf qu'il faut arrêter de se donner bonne conscience avec l'affaire "Khadafi" en faisant croire, à travers elle, à nos concitoyens et à nos concitoyennes que la loi est la même pour toutes et tous.

Des affaires de maltraitance à l'encontre de domestiques sont monnaie courante, à tel point qu'un nombre d'associations de défenses y on vu le jour.

Il n'y a pratiquement pas un mois, où une plainte n'est pas déposée.

Durant 10 ans, de 1990 à 2000, j'ai évolué au beau milieu de la Genève internationale. Garde rapproché pour différentes personnalités, des problèmes entre notre Justice et nos clients sont intervenus à maintes reprises :

  • drogues
  • prostituées mal traitées
  • domestiques
  • violences
  • bagarres
  • etc...

Dans toutes ces situations, sinon plus graves que celle reprochée à M. et Mme Khadafi, l'usage demandait que l'on appelle l'Ambassadeur du pays pour convoquer la personnalité incriminée, de l'entendre et dans les cas les plus graves, les autorités informaient la personnalité de quitter le territoire, souvent dans les trois jours.

Sorte d'usage tacite en vigueur dans notre Canton depuis que nous accueillons des hôtes de marque.

Malheureusement, quelqu'un, quelque part, a voulu se payer "le fils de".

Toute cette affaire aurait pu être réglée dans le velours diplomatique de la Genève internationale, simplement en demandant à la famille Khadafi de quitter le territoire, mais l'occasion devait être trop belle...

Par pur souci de comparaison, si au lieu de se nommer Khadafi, il s'était nommé Sarkozy, croyez vous vraiment que nosu aurions procédé de la sorte ?

Après 10 ans passés à protéger des personnalités de tous horizons, jamais, de mémoire d'homme, nous n'avons assisté à pareille arrestation.

Aujourd'hui, se donner bonne conscience en faisant croire aux Genevois et aux Genevois que nous sommes équitables dans le traitement de ce genre de délits... c'est simplement prendre nos concitoyens pour des idiots.

On aime ou on aime pas la famille Khadafi, mais vouloir se donner bonne conscience en provoquant cette crise internationale sans précédent, en perdant plus de 500 millions à l'export, que deux Suisses aient passé deux ans là bas, que de nombreux Suisses, qui vivaient en Libye sont rentrés ruinés du jour ou lendemain... était inutile.

Sur le fond, nous avions raison de rappeler à M. Khadafi que la maltraitance de domestique est punissable et que nous ne tolérons pas ce genre d'agissements.

Sur la forme, là... nous avons fait tout faux.

En effet, désormais, si l'on veut continuer dans l'esprit qui aurait prévalu dans cette affaire, nous ferons quoi avec les criminels de guerre, les personnalités convaincues de crimes divers, les tortionnaires, qui foulent notre sol dans le cadre des conférences organisées...ou pour des simples voyages privés ?

La Genève internationale est à ce prix... il y a donc bien deux Genève... contrairement à ce que l'on tend à nous faire croire depuis le début de cette affaire, en se payant une bonne conscience avec une affaire qui aurait du rester un fait divers, résumé à :

-"Hannibal Khadafi, accusé de maltraitance envers ses domestiques, a été prié de quitter le territoire"

Point barre.

Bien à toutes et à tous,

Stéphane